BUSINESS L’association suisse des mamans entrepreneurs s’implante sur sol neuchâtelois. But: mettre en réseau ces mères qui montent leur propre boîte.

LE CONTEXTE : Peut-on faire cohabiter réunions d’affaires et horaires scolaires dans un même agenda? La maternité signifie-t-elle la fin de toute activité managériale ou est-elle, au contraire, l’occasion de révéler son leadership? Créée en 2011, l’Association suisse des Mampreneurs réunit des mamans qui font le pari fou de créer leur entreprise. Forte de 110 membres, elle est active dans les cantons de Vaud, Fribourg, en Valais et au Tessin. Elle vient de s’implanter en terres neuchâteloises.

Monter sa propre entreprise? De plus en plus de mamans se lancent dans l’aventure, dans le but de concilier une vie familiale riche et une activité profession- nelle épanouissante. La Neuchâteloise Amandine Berger a créé à Peseux la première «coucho- thèque» de Suisse, un lieu d’achat et de location de couches-culottes lavables.

Couturière de formation, cette mère de famille écolo est mem- bre de l’Association suisse des Mampreneurs depuis 2012. C’est elle qui prendra la responsa- bilité de la nouvelle antenne neuchâteloise du groupement. Rencontre avec une femme qui fourmille d’idées et qui croit possible de réinventer une har- monie entre maternité et ambition professionnelle.

Une association pour des mè- res qui créent leur entreprise, ça sert à quoi?

Il existe beaucoup d’associa- tions professionnelles pour les entrepreneurs, hommes ou fem- mes. Mais il n’existait pas, en Suisse romande, de groupement destiné aux mères et cheffes d’entreprise. Monter une telle association était nécessaire: les mamans qui créent leur boîte rencontrent des problèmes spécifiques, liés par exemple à la garde d’enfants, au manque de temps ou encore au risque de paupérisation, sachant que la phase de rentabilisation de leur activité est généralement plus longue. Elles sont aussi exposées à des questions de légitimité, car leur travail est souvent sous-esti- mé par leur entourage.

Pourquoi les activités des mères entrepreneurs sont-elles sous-estimées?

Parce qu’elles sont parfois considérées comme de la bricole, un hobby vaguement lucratif mis sur pied par des mères au foyer. Ce n’est déjà pas facile d’être entrepreneur, alors si on ajoute l’indication de femme et de ma- man, on cumule les handicaps. Les mères entrepreneurs sont d’ailleurs trop souvent écartées par les structures de soutien à l’entrepreneuriat. C’est donc ras- surant de rencontrer des femmes dans la même situation, qui se comprennent, s’aident et se soutiennent.

Concrètement, comment fonctionne ce réseau d’entraide?

Le réseau est composé de femmes de milieux très divers. Certaines sont actives dans la finance, d’autres dans la santé, les arts graphiques, les métiers manuels. Nos activités sont variées et souvent originales: l’une des membres a créé une entreprise de sellerie pour les chevaux et dirige plusieurs employés. Le ré- seau fonctionne donc sur le principe du partage de compétences et de l’échange de bons tuyaux, parce que l’expérience des autres permet d’éviter certai- nes erreurs. Mais on ne se refile pas que des tuyaux, on se donne aussi du travail!

Vous bossez les unes pour les autres?

Si j’ai besoin d’un graphiste pour mon site internet ou d’une personne pour ma comptabilité, je vais me tourner vers les Mampreneurs. L’association nous permet aussi d’accéder à des formations continues, ce qui n’est pas évident en tant que mamans et indépendantes. Les «mam’cafés» traitent par exemple de communication ou de marketing visuel, d’e-commerce, de réseaux sociaux, de gestion des priorités. Mais les rencontres sont aussi destinées au réseau- tage et au plaisir de se retrouver. On organise des sorties spa, et même des soupers de boîte, vu que certaines membres ne connaissent pas cela dans le cadre de leur activité.

Comment gérez-vous votre activité professionnelle et votre rôle de maman?

Comme je peux… Ça a été très dur avec ma fille les deux premières années car elle était très demandeuse, je n’avançais pas beaucoup… Avec mon fils, c’était plus facile au début, mais on s’est vite marché dessus. Les enfants ont besoin d’être stimulés. Même si une maman travaille à domicile, il est important qu’elle fasse garder ses enfants, au moins quelques heures, pour avancer. Les gens ont de la peine à comprendre que, en tant qu’indépendant, on ne peut pas trim- baler ses enfants avec soi.

Au vu des difficultés que vous décrivez, pourquoi poursuivre dans cette voie?

Il faut une bonne part d’inconscience, pas seulement du courage! Mais pour moi, en devenant maman, il était primordial de garder une activité professionnelle qui me plaise. Mon chemin de vie m’a amenée à m’interroger sur notre rapport à la terre, et comment ne pas tout bousiller pour les générations futures. Les bébés génèrent des déchets, une tonne en moyenne pendant trois ans, pour ce qui est des couches jetables. Or, les couches lavables sont une solution moderne, écologique et économique à ce problème. A Peseux, la couchothèque existe depuis deux ans et demi et ren- contre de nombreuses adeptes. Ça fonctionne, même s’il n’est pas toujours évident de me déga- ger un salaire. Je me donne en- core une année: on dit qu’il faut entre trois et cinq ans pour sortir du yaourt!

PREMIÈRE RENCONTRE

Elles étaient une demie-douzaine, vendredi, à participer au premier «mam’café» tenu à Neuchâtel par l’Association suisse des Mampreneurs. Il y avait des femmes qui ont monté leur entreprise dans des domaines tels que la décoration, la santé ou la traduction. Mais aussi des mères de famille qui, après avoir réalisé qu’elles pourraient difficilement concilier leur nouvelle vie familiale avec leur fonction d’employée, réfléchissent à devenir indépendantes. «Je ne sais pas par où commencer et je m’interroge sur le financement», confiait l’une des participantes, qui souhaite intégrer l’association dans le but de trouver des réponses à ses questions.

Après deux heures d’échanges autour de sujets comme l’élaboration d’un business plan, la garde d’enfants ou la recherche de fonds, ces femmes sont ressorties séduites par cette rencontre. Le prochain «mam’café» aura lieu le 13 mai à Neuchâtel.

VIRGINIE GIROUD

 

0 Comments

Leave a reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

*

© 2019 Association suisse des Mampreneurs. L'audace de se réaliser. Uniques. Ensemble. - Made by Siiimple.

Nous contacter

Sending

Log in with your credentials

Forgot your details?