Quand maman lance son entreprise

Devenir mère et créer une Pme en même temps: le phénomène des «mampreneurs» se développe en suisse romande. Beaucoup réussissent en proposant des produits qui s’adressent aux parents.

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Devenir mère ne signifie plus la fin de la vie professionnelle. Au contraire, de nombreuses femmes choisissent de lancer leur propre entreprise après avoir eu des enfants. Ce phénomène prend de l’ampleur en Suisse romande, si bien qu’une association consacrée à ces “mampreneurs” a vu le jour en 2011. A sa tête, Katell Bosser, jeune maman qui dirige l’agence de rédaction K etc. “J’ai compris que je perdrais mon emploi dès l’annonce de ma grossesse à mon ancien employeur. Lorsque ma fille a eu 3 mois, j’ai commencé à réseauter dans divers milieux professionnels dans l’idée de créer ma propre société. Je n’avais pas de solution de garde et j’ai dû chercher un endroit où l’on ne s’arrêtait pas au fait que j’étais accompagnée de ma fille.
Katell Bosser finit par se rendre à Paris, au “Printemps des Mampreneurs”. “Je me suis retrouvée au milieu de 200 femmes qui discutaient business avec un bébé dans les bras. De retour en Suisse, j’ai voulu créer un espace similaire de dialogue et d’échange consacré aux mères entrepreneuses“.

Accoucher d’un enfant en même temps que d’une société est un pari osé qui demande une
organisation millimétrée.

Son association suisse des mamans entrepreneurs compte aujourd’hui 100 membres qui partagent leurs compétences en matière de création d’entreprise à travers des “Mamcafés” thématiques. Selon Katell Bosser, un déclic se produit chez les futures mamans pendant la grossesse : “Beaucoup de femmes qui viennent nous voir à l’association émettent le désir de développer une activité plus proche de leurs valeurs. Le bonheur qu’elles vivent au niveau personnel se répercute sur leurs ambitions professionnelles. Cependant, c’est se tromper que de penser qu’une mère veut se mettre à son compte uniquement pour pouvoir s’occuper de ses enfants. Il s’agit d’une pensée condescendante. Si être son propre chef permet une souplesse que l’on ne possède pas en tant qu’employé, monter une affaire demande un travail colossal“.
Pour Raphaël Cohen, directeur académique du diplôme en Entrepreneurship et Business Development à HEC Genève, l’essor des “mampreneurs” s’inscrit également dans un courant plus vaste : “De nos jours, tant les femmes que les hommes prennent en main leur carrière. Ils n’entrent plus dans une entreprise dans la perspective d’exercer le même emploi jusqu’à leur retraite. On constate une autonomisation : les gens osent davantage se lancer en indépendant. Je pense que les mères qui créent leur entreprise sont aussi portées par ce phénomène“.

Ne pas tout mélanger

Accoucher d’un enfant en même temps que d’une société est un pari osé qui demande une organisation millimétrée. “Je suis souvent obligée de travailler tôt le matin et tard le soir car je consacre mes après-midi à ma famille“, souligne Katherine Gubbins, fondatrice de la marque de nourriture pour bébé Goodness Gracious. Dans un tel contexte, le conjoint devient alors un partenaire clé. Son soutien, autant dans la gestion du quotidien que des
affaires, est important. “Il faut faire attention à ne pas totalement mélanger vie professionnelle et vie familiale”, poursuit Katherine Gubbins. “Les frontières doivent rester bien définies si on ne veut pas que
l’entreprise prenne toute la place
“.
Les “mampreneurs” privilégient les secteurs de l’e-commerce et des services. “Parmi les membres de l’association, beaucoup se lancent dans le commerce sur internet car cela leur permet de se développer indépendamment de leur localisation géographique”, note Katell Bosser. “Un grand nombre des mamans travaillent depuis chez elles. Quant aux services, il s’agit d’une tendance globale de notre pays : les Suisses sont très performants dans ce secteur“.
Le succès de ces entreprises s’explique souvent par le fait qu’elles s’adressent aux parents, à l’image de Goodness Gracious, qui propose des compotes pour bébé 100% bio. “J’ai toujours été confiante dans mon produit car je savais que je proposais une
solution à d’autres mamans dans la même situation que moi
“, explique Katherine Gubbins.
Et l’entrepreneuse ne s’y est pas trompée : ses compotes rencontrent une forte demande en Suisse et à l’étranger. Dans la même veine, le studio Photo-Vertige, spécialisé dans les portraits de bébés, la marque de vêtement pour enfants Milo & Lilirose ou encore l’entreprise Baby Steps, qui propose un accompagnement personnalisé pendant la grossesse, connaissent le même engouement.

Ne pas se retrouver coincée

Les femmes qui ont mené une vie active et se retrouvent coincées à la maison identifient les opportunités qui leur sont offertes et tentent de les exploiter“, analyse Raphaël Cohen. “Les prestations qu’elles proposent sont souvent liées à leur vécu“. D’autres se lancent également dans des sphères bien distinctes. La société valaisanne d’assurance Aweckel ou le bar à ongles vaudois The nail Bar constituent d’autres exemples de réussite.
Les conditions pour monter son entreprise sont aussi difficiles pour une maman que pour toute autre personne, si ce n’est plus, avec les enfants à charge“, estime Katell Bosser. “Seulement, d’après moi, il n’y a pas d’échec possible pour les “mampreneurs”, car même si leur société ne rencontre pas le succès escompté, même si elles finissent par abandonner leur activité indépendante, cette expérience enrichissante aura amélioré leur employabilité. C’est donc en position de force qu’elles reviennent sur le marché du travail“.

“J’ai passé deux ans sans salaire”

En 2010, Florence Stumpe ouvre The Nail Bar, le premier bar à ongles de Suisse romande. Elle possède aujourd’hui sept salons. La jeune mère a dû structurer son quotidien pour la garde de ses enfants.

C’est lors d’un voyage aux Etats-Unis il y a quatre ans que Florence Stumpe, alors maman de deux enfants en bas âge, découvre les «bars à ongles». Intriguée par le succès de ce phénomène outre-
Atlantique, elle procède à une étude de marché une fois rentrée. “Mon mari et moi nous sommes rendu compte que ce service n’existait pas en Suisse romande et qu’il y avait un marché à prendre“. Le concept est simple : une manucure bon marché (environ 40 francs) tout en prenant un verre avec ses copines.
En janvier 2010, la jeune femme quitte son travail à la police fédérale à Berne pour suivre une formation de manucure. Elle lance dans la foulée le premier bar à ongles de Suisse romande, à Lausanne, sobrement baptisé The Nail Bar. Six autres établissements suivront (deux autres à
Lausanne, deux à Genève, un à Fribourg et un à Neuchâtel) et l’entreprise, qui compte actuellement 35 employés, projette d’en ouvrir encore 3 d’ici à fin 2014. Florence Stumpe confie que le lancement de la société n’a pas été aisé. “J’ai passé plus de deux ans sans salaire et, dans ces moments-là, on se pose toutes sortes de questions“. La jeune mère a dû structurer son quotidien et prévoir des solutions de rechange pour la garde de ses enfants. “Je me suis construit un réseau de nounous. Je vois mes enfants quand je rentre à la maison le soir. Ils sont déjà nourris et lavés donc je peux vraiment profiter d’eux“. Malgré la difficulté de combiner enfants et travail, la jeune entrepreneuse ne regrette absolument pas son choix. “Nous aurions pu acheter une maison, mais nous avons créé une entreprise. Nous avons 40 ans et nous nous sentons vivre“.

“Je me suis habituée aux responsabilités”

Inge meyer Weckel a préféré fonder sa propre entreprise de courtage en assurance, Aweckel, plutôt que de travailler loin de ses enfants.

En 2005, alors employée par une société d’assurance, Inge Meyer Weckel travaille depuis son domicile. Cette situation lui permet de passer du temps avec ses enfants. Lorsque son employeur de
l’époque l’empêche de continuer cet emploi à distance, la Sédunoise décide de fonder sa propre entreprise de courtage en assurance, avec l’aide de son mari. “Durant les six premiers mois, les responsabilités me pesaient, puis je me
suis rapidement habituée. J’ai aussi eu la chance de pouvoir démarrer en douceur, grâce au soutien de mon mari et parce que l’entretien financier de mes enfants ne dépendait pas de mon salaire
“.
La constitution d’un portefeuille n’a pas été aisée pour Inge Meyer Weckel qui a dû redémarrer à zéro et donc démarcher les entreprises locales et les particuliers. Avec au départ une seule employée à 30% et le domicile privé de sa fondatrice en guise de bureau, la société Aweckel s’est rapidement agrandie. Basée à Sion, elle compte actuellement six employés et occupe des locaux de 150m² à l’avenue de la Gare.
La cheffe d’entreprise confie que l’organisation familiale n’a pas toujours été évidente. “Il a fallu profondément structurer notre vie de famille. Je travaillais à la maison le matin et l’après-midi, et je profitais du retour de mon mari le soir pour pouvoir me rendre à mes rendez-vous à l’extérieur“. Selon l’entrepreneuse, ce mode de vie très rythmé a contribué à rendre ses enfants plus autonomes. “Ils ont grandi dans un dynamisme qu’ils reproduisent maintenant dans leur vie de tous les jours. Ils sont très indépendants“.

“Ma PME ? C’est une sorte de mission”

Fondée par Katherine Gubbins, Goodness Gracious propose des purées bio pour bébé. Celles présentes sur le marché sont insipides, trouve-t-elle.

Alors toute jeune maman, en parcourant les rayons du supermarché, Katherine Gubbins réalise que l’offre en nourriture pour bébé est pauvre. Des purées industrielles sans goût, coupées à l’eau et au sel, non merci ! “La plupart des parents ne les goûtent même pas tant elles sont mauvaises. J’ai donc eu le désir de créer ma propre entreprise de nourriture pour bébé, proposant des recettes 100% bio et sans sucre, basées sur des principes ayurvédiques. Cela m’est apparu comme une mission“. Cette mère de deux petites filles abandonne alors sa carrière de professeure de Yoga et crée en 2011 la marque Goodness Gracious, en y investissant près de 150 000 francs de ses économies. Proposées dans de petites gourdes souples, les produits de Goodness Gracious ont aussi l’avantage d’être faciles à transporter, à l’inverse des traditionnels pots en verre. Katherine Gubbins, établie à Begnins (VD), choisit de réaliser ses
recettes dans des usines en Ecosse et au Pays de Galles, qui maîtrisent la technologie de stérilisation d’aliments sans conservateurs.
Commercialisées dès 2012 en Suisse, les compotes de Goodness Gracious rencontrent vite le succès. Vendu d’abord via Internet, le produit intéresse rapidement drogueries et magasins bio, qui l’ajoutent à leurs rayons. Manor décide également de le distribuer. “Entre 2012 et 2013, les ventes ont augmenté de 300% sur l’ensemble de la Suisse !” Les compotes de Katherine Gubbins sont également en vente dans plus de 120 magasins en France depuis fin 2013, ainsi que dans certaines enseignes à Londres et à Milan.

“Tombée enceinte, un déclic s’est produit”

Cindy Evans a quitté son activité salariée pour se consacrer exclusivement à sa société Photo-vertige.

Depuis son adolescence, Cindy Evans se passionne pour la photographie. En parallèle à son travail
de cadre à l’Office des poursuites de Lausanne, elle crée en 2005 le studio Photo-Vertige, spécialisé dans la photographie de bébés, grossesses et mariages. Elle y réalise des clichés tout en continuant son activité salariée. “Lorsque je suis tombée enceinte, un déclic s’est produit. Plutôt que de retourner dans un bureau, je voulais vivre de ma passion. L’épanouissement que j’ai connu au niveau privé avec la naissance de mon fils a conduit à une volonté d’épanouissement professionnel. Je n’étais pas suffisamment heureuse dans le métier que j’exerçais“.
Cindy Evans se consacre à 100% à sa société à partir de 2011. Grâce à une clientèle fidèle qui la connaît depuis ses débuts comme photographe et au bouche-à-oreille, elle réalise un bénéfice dès la première année. Photo-Vertige réunit aujourd’hui trois studios en Suisse romande, à Dommartin (VD), Léchelles (FR) et Corgémont (BE). “Depuis 2005, toutes mes économies sont passées dans la création de mon entreprise. Pour fonder trois studios, le coût du matériel s’élève à près de 70 000 francs“. L’entrepreneuse emploie deux personnes pour la retouche photo et collabore avec des photographes, graphistes, coiffeurs et maquilleurs indépendants. “Les shootings qui rencontrent le plus de succès sont ceux de bébés. C’est
aussi ceux que je préfère réaliser
“.

Par Séverine Géroudet et Antoine Harari | PME Magazine.

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